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AERE, Association Environnement Reignier-Esery

Avec malice et esprit positif, nous agissons localement pour l'environnement: Pédibus, AMAP, autoconstruction de fours solaires, boîtes d'échanges de livres et objets, qualité de vie et questions de mobilité - Les solutions existent, rejoignez-nous !

Le Vélo à Reignier-Esery ou comment transformer une belle ambition en mauvaises nouvelles

Publié le 21 Août 2021 par Phil Chloro

   Le 25 juin, l’AERE avait rendez-vous en mairie pour faire le point avec M. Marquet, adjoint en charge des mobilités, qui a bien voulu répondre à nos questions. Après la publication de notre Plan-vélo en octobre 2020, qui rappelait l’urgence absolue d’agir en faveur du climat en soutenant notamment les mobilités actives, et après plus dune année de mandat municipal, où en sommes-nous ?

 

 

Rappel des faits: les élections municipales ont eu lieu en mars 2020, suivies par les différentes vagues de Covid-19 et de

confinement. Malgré ces complications, les équipes fraîchement élues se sont mises en place au niveau municipal et intercommunal, avec un élu reignerand à la présidence de la CCAS (M. Javogues). Cette présidence reignerande à l'intercommunalité représente un avantage pour notre commune, a priori plus cyclable que certaines de ses voisines.

 

Pendant ce temps, l’AERE publiait son Plan-vélo en espérant le prolonger par une conférence-débat qui a dû être reportée en raison du Covid.

 

Néanmoins, nous avons suivi de près la mise en route des projets de la commune et de l’intercommunalité. Pendant que Reignier-Esery mandatait deux bureaux d’études pour plancher sur les circulations (tous modes confondus), la Communauté de Communes Arve et Salève élaborait son « schéma cyclable structurant » à l’échelle intercommunale.

 

A ce stade, tous les espoirs étaient encore permis et les cyclistes les plus motivés de l’AERE sont allés vérifier sur place, entre chemins et ravins, les différents itinéraires envisagés, afin de vérifier leur pertinence. Nous avons réussi, ici ou là, à faire adopter nos recommandations.

 

Fondamentalement, nos attentes se concentraient sur plusieurs points précis, révélateurs pour l’avenir du cyclisme local. Aujourd’hui, les premières réponses commencent à tomber...

 

 

 

 

En début d'été, les trois membres du Collège de l’AERE ont pu discuter avec un élu compétent et motivé en faveur du vélo, mais ces atouts ne suffisent pas ! En dépit d’une bonne volonté manifeste, nous avons constaté d’une part que certains partis-pris de base manquent d’ambition et, d’autre part, qu’à pratiquement chaque élément de progression s’oppose un obstacle, qu’il soit technique, foncier ou institutionnel…

 

1) L’accueil du trafic de transit

 

La Grand-Rue de Reignier souffre de deux tares : elle est saturée par le trafic et elle est peu accueillante. Notre centre-bourg est particulièrement pauvre en mobilier urbain (où sont les places accueillantes, les revêtements définissant les différents espaces, la fontaine…?) et accuse un retard considérable en comparaison avec les communes alentour.

 

A Grenoble, "place aux enfants"!

L’idée qui fait consensus est de la réaménager tout en « améliorant » l’impact du trafic automobile sur cette artère, qui a vocation de convivialité avec ses activités commerciales et de services.

La première mauvaise nouvelle est qu’« aucune dissuasion du trafic n’est envisagée », à l’exception du grand transit (camions circulant entre le Pays rochois et Etrembières).

 

Bien qu’il soit utopique de revendiquer une baisse drastique du nombre d’automobiles dans l’immédiat, le fait de poser comme axiome le maintien de la situation actuelle (en tenant compte toutefois des nouveaux arrivants annuels en Haute-Savoie), ressemble plus à un statu quo qu’à un plan de déplacements ambitieux qui voudrait tenir compte des récentes avancées en matière de multi-modalité, sans même mentionner une prise en compte des enjeux climatiques.

 

Pour dire les choses d’une autre manière, une Grand-Rue bien refaite et conviviale qui deviendrait accueillante pour les modes actifs entraînerait nécessairement une diminution du trafic, qu’il soit local ou de transit, puisque cet itinéraire situé entre La Roche et Etrembières deviendrait moins attractif pour certains automobilistes. S’il n’y avait aucune baisse du trafic, c’est que rien n’aurait été fait!

 

2) Le stationnement

 

Si nous saluons l’ambition municipale de réduire le nombre de places de stationnement voiture en long dans la Grand-Rue afin de permettre sa cyclabilité, notre déception continue avec l’annonce que chaque place supprimée sera compensée ailleurs.

L’AERE estime à plus d’un millier le nombre de places publiques gratuites dans le centre-bourg, ce qui est beaucoup, avec une centaine de places rien que pour la Grand-Rue. Le stationnement « porte-à-porte » est le fléau majeur puisqu’il encourage les personnes à recourir à leur voiture pour le moindre petit déplacement dans Reignier. L’AERE continue d’affirmer que sans une légère réduction de la place faite à l’automobile et sans une diminution de l’offre en stationnement, aucun aménagement en faveur du vélo ne produira de réels effets.

 

Rappelons à l'adresse des commerçants qu'un grand nombre d'études démontre que l'apaisement des zones urbaines en faveur des piétons et cyclistes a pour résultat d'augmenter le chiffre d'affaire des commerces de proximité.

 

 

3) Le court-terme

 

On peut être d'accord avec la mairie sur un point: prendre le temps d’une bonne préparation est le gage de réussite d’un schéma cyclable. Mais l’échelle temporelle des projets communaux et intercommunaux, qui ont pour horizon de mise en œuvre 2024 au plus tôt, ne peut s’affranchir de certaines réalisations à court-terme. Quelques mesures visibles et peu coûteuses montreraient à chacun qu’une ambition est en route, que les citoyens, bien patients jusque-là, ne sont pas oubliés et qu’après des années de stagnation, les premières solutions arrivent.

Certains aménagements provisoires permettraient également de mesurer les premiers changements de comportement des usagers, aidant ainsi à préciser les plans de circulation en cours d’élaboration!

A Etrembières

 

Plusieurs voix, dont celle de M. Javogues, ont confirmé cette intention. Hélas, nous avons découvert que cela n’est finalement pas envisagé par les services de la CCAS. Et pas non-plus au niveau communal, puisque M. Marquet nous a décrit les obstacles auxquels se heurte chacun des projets qui auraient pu rapidement voir le jour !

 

Pourtant, des mesures simples consisteraient, par exemple, à améliorer l’accueil des cyclistes à la rue du Dr Goy (ne serait-ce que pour rejoindre la Grand-Rue en vélo en quittant la mairie), à la piétonisation provisoire de la rue Cécile Bocquet ou à l’amélioration de la voie derrière le cimetière en direction de la D2.

 

L’intéressant projet de la rue de Bellecombe (mise en sens unique autos et piste cyclable bi-directionnelle entre L’Eculaz et la Tour de Bellecombe) est bloqué par le Département ; celui de la route de Marsinges est figé en attente de subventions du Grand-Genève et le simple marquage de bandes cyclables reste en attente d’un plan de circulation.

A chaque possibilité s’oppose une entrave administrative, elle-même parfois en attente de réalisation d’un autre projet… Bref, le « mille-feuille administratif » résiste bien à la crise climatique !

 

4) Le pire

 

S’il y avait une seule mesure à ne pas sous-estimer, avec l’avènement emblématique du Léman-Express, c’était la signalisation de l’itinéraire doux vers la gare, en passant par l’école des Vents-Blancs, qui permet d’éviter les dangereux trottoirs de la rue de la Gare. Il ne s’agissait, dans un premier temps, que de poser quelques panneaux indicatifs, donc rien d’insurmontable.

Possible ailleurs mais pas à Reignier?

Malgré plusieurs de nos courriers à ce sujet depuis 2012 et nos interventions en commission (2019), aucune mesure n’est visible à ce jour. Il semblait pourtant évident que l'arrivée du "LEX" entraînerait l'adaptation de la commune à cette nouveauté historique. C'était l'occasion idéale pour démontrer l'intérêt de la multimodalité en invitant piétons et cyclistes à se rendre à la gare. Mais Reignier, comme la Belle au Bois Dormant, est restée endormie.

 

Le vandalisme aurait eu raison d'un signalisation provisoire tentée par la mairie et l'essai n'a pas été renouvelé. Actuellement, on serait dans l'attente d'un projet définitif de la part d'une entreprise mandataire. 

 

5) Le possible

 

La bonne nouvelle est que les deux bureaux d’études mandatés par la Commune ont rendu leurs conclusions : ces dernières doivent déboucher sur un Plan de circulation à l'automne. Dès lors, on peut attendre une hiérarchisation des axes routiers et l’élaboration d’un schéma cyclable communal pourra commencer.

 

Mais comme nous le disions dans notre Plan-vélo, il n’est pas certain que les ambitions communales soient à même d'attirer de nouveaux cyclistes.

 

 

6) Cyclisme intercommunal

 

Pendant ce temps, avec une volonté d’agir mais également dépendante de l’attribution de subventions (Grand Genève, Département, ADEME…), la CCAS lançait ses hypothèses d’itinéraires cyclables structurants, à même de susciter une fréquentation de plusieurs dizaines, voire centaines de cyclistes par jour. Ici, que du moyen/long-terme puisque le parti-pris de créer des parcours en site propre entraîne, entre autres, la création de plusieurs passerelles enjambant les cours d’eau. Chaque passerelle valant entre un et trois millions d’euros.

 

Là aussi, si l’intention est louable et si l’ambition dépasse même ce qu’auraient souhaité certains cyclistes, il ne faut espérer aucun pragmatisme, aucune bande cyclable dans les deux ans. Les pédaleurs qui risquent leur vie sur le bitume n’ont qu’à patienter (ce que certains font depuis plusieurs décennies), et la planète est priée de retenir son souffle.

 

Indépendamment des questions de personnes, nous sommes face à des processus tributaires d’une complexité et d’une temporalité qui n’ont pas grand-chose à voir avec les attentes citoyennes. Même en invoquant les récentes études scientifiques sur les mobilités et même en s’adossant sur les rapports des scientifiques du GIEC, qui pointent globalement vers les mêmes solutions que nous défendons à l’échelle locale, l’Etat avance selon son calendrier très particulier. Ni le dôme de chaleur au Canada de cet été, ni les inondations meurtrières en Allemagne et en Belgique n'y changent quelque chose.

 

Un tournant pour l’AERE ?

 

Amancy inspirera-t-elle Reignier-Esery?

Notre petite association s’est épanouie en réalisant avant tout des projets concrets de manière indépendante. En s’intéressant aux mobilités actives, il devenait nécessaire d’entrer en dialogue avec les autorités, pour tenter d’influencer les décisions avec nos arguments. Cette démarche commença avec les « Points noirs » en 2012, dont la prise en compte n’en est toujours qu’à ses balbutiements...

 

Aujourd’hui, alors que les décideurs n’ont plus aucune excuse à avancer face à leur retard et au regard des enjeux environnementaux (pollution de l’air) et climatiques, on peut se demander si nos efforts valent la peine.

 

En dépit des carences constatées, l'AERE continuera de pousser dans le sens des mobilités douces; retrouvez-nous à Reignier lors de la Semaine européenne des mobilités, samedi 18 septembre au matin, près de la mairie! 

 

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