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AERE, Association Environnement Reignier-Esery

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Gaz de schiste

Publié le 26 Décembre 2011 par japl74 in Environnement

DSC00439-copie-1.JPGL'Association Environnement Reignier-Esery a accueilli une conférence du collectif NON AUX GAZ DE SCHISTE EN HAUTE SAVOIE vendredi 16 décembre 2011. 
Suite à cela, la position de l'Aère est de rester en alerte sur ce thème en ce qui concerne notre commune uniquement (forages éventuels,  mutations de parcelles à la commune ou les éventuels camions de prospection ouvrez l'oeil!), mais de laisser le collectif 74 continuer son travail par ailleurs.
Affiche Reu publique Reignier 16 déc.Gaz de schiste
Nous mettons à votre dispostion, ci après, le résumé de la conférence que nous a transmis une participante, Mme Laure Roukine.
Déroulement de la réunion d'information sur le Gaz de Schiste proposée par le collectif « Non au gaz de schiste-Haute-Savoie » et l'association AERE (Association Environnement Reignier Esery). Après la diffusion du documentaire Gasland, l'hydrologue Jacques Cambon a répondu à nos questions. En quoi consiste la fracturation hydraulique pour l'extraction de gaz de schiste ? Est-elle dangereuse ? Faut il s'inquiéter de l'octroi de permis d'exploitation dans notre département ?

Accueillis dans la salle de la mairie, nous sommes une soixantaine de participants. Tout d'abord, la version courte du documentaire américain Gasland (2010) est projetée. La stupéfaction de l'audience devient très vite palpable. Ce reportage simpliste laisse un goût amer. L'exploitation du gaz de schiste aux États-Unis est une catastrophe écologique de bien plus grande ampleur que ce à quoi on s'attendait.
Depuis les années 1990, les nappes phréatiques américaines sont polluées par les hydrocarbures et les produits chimiques qui s'échappent des exploitations par fracturation hydraulique, sans que les compagnies pétrolière soient inquiétées. Des milliers de familles (et leurs animaux) sont intoxiquées par l'eau prétendument potable, depuis des années. De plus, la fracturation causent des secousses sismiques de forte magnitude, il arrive que des forages explosent, et les déchets ne sont pas traités : des millions de mètres cube d'eau polluée sont répandus dans la nature et les matières volatiles toxiques et gaz à effet de serre simplement dispersés dans l'atmosphère, à l'aide de dispositifs évaporateurs...

Que dit la loi française ?
Dans un deuxième temps, l'ingénieur Jacques Cambon approfondit quelques points sur la fracturation hydraulique, cette technique américaine qui permet d'exploiter du gaz ou du pétrole jusqu'à présent inexploitables. Elle permet de libérer ces hydrocarbures des profondeurs de la roche-mère ou du schiste situés entre 2500 et 3500m de profondeur. La méthode utilisée, associée au forage horizontal, n'est pratiquée que par les seuls pétroliers américains et canadiens.
Puis le débat s'oriente alors vers les considérations juridiques de l'affaire. Chacun a entendu cet été l'annonce de notre gouvernement sur la promulgation d'une loi interdisant la fracturation hydraulique en France. Mais cette annonce se révèle n'être qu'une mascarade pour apaiser les esprits. De questions en questions, on passe en revue la façon dont les compagnies pétrolières obtiennent leur autorisation de forage, achètent discrètement les terrains dont elles ont besoin et exploitent les hydrocarbures discrètement (évidemment). Il n'y a aucune loi ni réglementation qui puisse faire obstacle aux exploitants puisque ceux-ci sont protégés par le code minier. Il faut dire que ce code minier n'a quasi pas évolué depuis l'interdiction du travail des enfants...
Et c'est le code minier qui prévaut. Aucune étude d'impact environnemental n'est demandé aux sociétés minières ou pétrolières. Elles ne sont soumises qu'à la nécessité de déposer une « déclaration de travaux ». Mais il n'existe aucun devoir de protection de l'eau ou de l'air. Et si, effectivement, la loi du 13 juillet 2011 interdit l'exploitation
dite « avec fracturation hydraulique », elle ne définit pas de quelle méthode il s'agit.

Les permis en France
Cette loi a permis l'annulation de deux permis : ceux de la compagnie américaine Schuepbach situés en Aveyron et en Ardèche. En effet, Schuepbach y a renoncé faute de pouvoir proposer une méthode alternative à la fracturation hydraulique. Pour le troisième, le permis de Montélimar est détenu par Total qui semble vouloir engager un bras de fer avec le gouvernement en déposant un recours contre l'État...
61 permis de recherche des hydrocarbures restent valides. 49 permis concernent en théorie le gaz et le pétrole conventionnels (facile à extraire et à raffiner), 8 permis concernent les gaz de houille (charbon), et 4 permis concernent le pétrole de schiste.
Depuis cet été, l'exploitation de pétrole de schiste de Seine-et-Marne a été suspendue. Cependant une quinzaine de fracturations hydrauliques avaient déjà été réalisées.
Pour rappel, une seule fracturation, c'est 20 000 000 litres d'eau polluée, soit la consommation de 100 foyers/an, 1000 litres de produits chimiques toxiques, 200 camions en circulation et une émission fugitive de gaz à effet de serre plus élevées que celles du charbon*.

Le permis de Gex
Notre région est concernée par deux permis de recherche en cours de validité (octroyés pour cinq ans). Il s'agit du permis des Moussières qui s'étend sur 3760km2 dans les départements du Jura, de Saône-et-Loire, de l'Ain, de la Savoie et Haute-Savoie. Et du permis de Gex, qui couvre 930km sur le Jura, l'Ain et la Haute-Savoie, à l'ouest d'une ligne Annemasse-Thorens. De plus, la région compte 4 autres demandes en cours d'instruction.
Il va sans dire qu'un permis d'explorer le sous-sol revient à autoriser son exploitation. Si une compagnie pétrolière investit plus de 10 milliards de dollars dans un puits d'exploration, c'est pour le mettre en production. Des études géologiques suffisamment fiables sont faites au préalable.
Dans notre secteur, la ressource convoitée est du pétrole liquide. Le permis de recherche « M615 Gex » est détenu par un consortium anglo-américain depuis 2009.
Depuis plusieurs dizaines d'années, on sait qu'il n'y a pas de pétrole conventionnel dans la région. Pour exploiter le pétrole, il faudra envisager une méthode de fracturation de la roche-mère à plus de 4000m. Le pétrole est prisonnier de la couche de molasse, peu perméable, située au dessous des roches poreuses où circulent les rivières souterraines, les nappes phréatiques... Le secteur situé entre Vuache et Salève présenterait un double avantage. D'une part, il offre une connaissance précise du sous-sol et, d'autre part, des puits de près de mille mètres de profondeur sont déjà forés : les puits réalisés dans les années 1950 et 1960 à Viry (Humilly, 2 puits), à Vers (Bellossy) et Musièges.
La perspective de fracturer le sous-sol dans cette zone est préoccupante (c'est peu dire) en raison de l'activité naturelle de la faille du Vuache : le séisme du 15 juillet 1996, de magnitude 5, avait déjà occasionné quelques dégâts à Annecy et dans sa banlieue.

Que faire ?
Comment nous sera-t-il possible d'éviter la reproduction de la catastrophe que vivent des milliers d'américains, ou plus récemment de polonais ?
Tout d'abord, la France se différencie sur un point important : le sous-sol appartient à l'État français, qui octroie des permis d'exploration pour 5 ans. Après l'obtention d'un permis pour une zone, la société peut acheter des terrains discrètement. Mais elle doit déposer une déclaration de travaux avant de forer.
C'est à ce moment qu'il est possible de réagir. À l'affichage d'une déclaration de travaux en mairie, le maire peut faire un recours dans un le délai de 2 mois. Et parallèlement, l'opinion publique peut se manifester. La procédure de recours de la municipalité permet de retarder les travaux d'environ 6 mois. Les opposants au projet ont le droit de s'exprimer. Et l'espoir de se faire entendre existe bel et bien, comme on l'a vu en Ardèche et Aveyron.

Rendez-vous pris
Au cours du débat, on déplore le manque de courage des représentants politiques à la tête de l'État. On s'interroge aussi sur la complaisance éventuelle des entreprises de l'eau, qui envisagent probablement déjà le défi du retraitement. Mais il est évident que la mobilisation prend de l'importance : le collectif « Non au gaz de schiste Haute-
Savoie » s'est renforcé de plus de 600 nouveaux membres depuis le mois de septembre. Espérons que partout en Europe, on refusera de laisser les forages fracturant la roche-mère polluer notre sol et obscurcir notre ciel, comme autant de mines de charbon ressuscitées d'un autre temps.

Concrètement ?
Il existe une coordination régionale et nationale des collectifs comme celui de la Haute-Savoie. Des réunions publiques sont organisées dans toutes les mairies concernées par les permis. Les animateurs du collectif de Haute-Savoie forment de nouveaux membres pour organiser ces soirées d'information. D'ailleurs, le rendezvous est pris pour l'année prochaine à la MJC de Reignier, qui peut accueillir une plus grande audience. Par ailleurs, un grand rassemblement avec des orateurs connus est prévu pour le 11 février 2012 à Archamps.
Pour finir, une observation très positive sera faite en fin de soirée : les français opèrent une réelle prise de conscience des problèmes de santés liés à la pollution de l'eau et de l'air, causée par l'exploitation des hydrocarbures, mais aussi l'utilisation massive de pesticides pour les cultures d'OGM. De même, la réalité du risque nucléaire et de l'accélération du changement de climat s'impose.

*étude publiée par le professeur Robert W. Howarth de l’Université Cornell en 2010
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